Je n'ai évidemment pas attendu Pôle Emploi pour commencer à chercher, surtout qu'il existe deux sites merveilleux et dédiés aux profs de FLE:
(qui édite
aussi une super revue pour les gens comme moi). Sauf que, de même que sur le site de Pôle Emploi, il y a des gens qui ne savent pas remplir une annonce, ce qui donne ça:
Heureusement, la plupart des recruteurs de profs de FLE savent correctement
, donc on a généralement les informations importantes pour envoyer une candidature
ciblée. Il faut savoir que "remplir une fiche de renseignements" est une des premières choses que l'on enseigne aux apprenants d'une langue étrangère. Ceci dit, j'avais même lu une annonce dans
laquelle, face à "Rémunération", ils avaient juste écrit "Oui". Ben heureusement!! Et j'ai également trouvé une annonce sur le site de l'ANPE qui n'était pas rémunérée... dommage que je n'arrive
pas à la retrouver!

Donc, en gros, voilà les
types
d'établissements auprès desquels j'ai postulé:
- Universités - pour donner des cours à des étudiants, ou même pour des cours de méthodologie de recherche et de rédaction ;
- Associations - pour des cours de FLE et d'Alphabétisation pour des immigrants devant se former en français pour le CAI (
Contrat d'Accueil et d'Intégration);
- Etablissements privés - pour des cours en entreprise, pour être "assistante de vie étudiante" auprès de jeunes américains, ou pour donner des cours de français et faire un suivi d'insertion,
quand l'entreprise a obtenu ce marché ;
- Editeurs de FLE : pour être représentante à l'étranger (environ 130 jours de déplacement par an);
- une mairie, qui avait besoin d'un intervenant FLE,
- des instituts d'enseignement, pour faire de la formation de formateurs.

Après, les
types de contrats proposés sont très
variables:
- principalement, des CDD de 3 à 12 mois (17/28!! c'est la majorité)
- des missions courtes (3h ou 3 jours), surtout pour la formation de formateurs,
- des missions en intermittent et en auto-entrepreneur,
- des CDI (seulement 4 pour 28 annonces traitées).
Le
nombre d'heures de face à face pédagogique (=en classe) va de 3h/semaine à 35h/semaine (juste pour une entreprise, heureusement!). La préparation est - pour la grande majorité, si!
si! - prise en compte dans les heures de travail et dans le salaire. Normal.
Pendant mon
parcours du combattant, durant lequel 50% de mes candidatures sont restées sans aucune réponse (vous voulez des noms??), j'ai appris l'existence d'un CAPES de FLE au sein des
GRETA. Ah tiens?? Recherches sur internet, nada, nichts, rien du tout. Le CAPES de FLE n'existe donc pas encore, et
a priori, c'est pas demain la veille. Comme si c'était pas
nécessaire... enfin bon, je ne vais pas rentrer dans ce débat :))
En tout, j'ai passé des entretiens pour 7 candidatures différentes. Ce qui, selon ma conseillère Mary Huana, serait vraiment très bien. Mouaif. Mais bon, c'est déjà ça!
3) Sur un terrain glissant... un entretien d'embauche!
Pour la superbe annonce sans matière que vous avez lue (rapidement, vu le vide intersidéral qui la constitue) ci-dessus, j'ai envoyé une candidature la plus large possible, parce que je ne
savais pas de quoi il était question. J'ai été convoquée à un
premier entretien dans un des trois centre de l'AFEC du Val d'Oise, à 13h30, un mardi.
Reçue dans la salle des profs par la responsable des formations linguistiques, j'ai pu avoir un aperçu des r
elations entre collègues. Un prof est arrivé avec un sandwich qu'il a avalé en
deux secondes chrono, alors qu'Elle lui disait sèchement qu'à cette heure-là, il aurait dû être en cours. Quand Elle lui demande ce qu'il a fait pendant sa pause repas, il répond qu'il a
dû travailler, et Elle rétorque qu'il aurait dû mieux s'organiser. Ce qui, à ce moment-là, me paraît logique. Vu que pas mal de profs passent faire des copies et ressortent, Elle m'emmène dans
le bureau pour l'entretien (d'embauche, pas pour faire le ménage!)(ok, c'est pas drôle).
Tout se passe bien jusqu'au moment où Elle m'annonce que le poste consiste en
35h de face à face pédagogique. Et que la préparation n'est pas payée. Parce que de toute façon, "qu'est-ce
qu'il fait, le formateur, pendant que les apprenants font u

n
exercice? Au lieu de ne rien faire, il peut faire des corrections, préparer son prochain cours!" Ce qui me fait franchement marrer, et je ris jaune, avec un fourmillement dans les jambes, qui
voudraient bien déguerpir... maintenant, je comprends mieux pourquoi le prof devait bosser pendant sa pause repas!
Elle enfonce le clou en me disant que c'est
partout comme ça, et que dans la convention collective, on paye 1600€ ("ah non, c'est plus autour de 1700-1800") pour 35h de travail comme
formateur. Ah oui, tiens, y'a donc une convention collective? Elle continue en me disant que de toute façon, on utilise
toujours les mêmes supports, et qu'une fois que la première
formation a été faite, il n'y a plus qu'à les copier à nouveau, et ça prend
trente secondes. Je lui rétorque qu'il y a quand même une progression à mettre en place, que les apprenants
doivent pouvoir compter sur le formateurs pendant les exos, et qu'il faut s'adapter quand même à chaque groupe-classe, des trucs de base dans l'enseignement d'une langue quelle qu'elle soit,
quoi! C'est pas comme si on était aux tous débuts de la formation pour adultes. J'ai vraiment envie de partir d'un seul coup, mais je me ravise, en me disant que de toute façon, vu la manière
sarcastique dont je lui réponds, elle va pas me rappeler.
Elle me demande si ça m'intéresse toujours, que là, c'est pour un CDD de 3 mois, renouvelable en 6 mois, puis en 12 mois, et que si je
m'engage, c'est pour tout ça, parce qu'elle a "été déçue par des filles qu'elle avait formées et qui étaient parties après 3 mois". Comme je les comprends, les filles en question!! J'ai dit OK,
et elle m'a fait remplir une feuille... et je l'ai entendue parler au tél avec une formatrice, s'énerver contre elle, et la traiter de "teubê" (="bête" en verlan). Sympa!! Je lui rends sa fiche
remplie, puis je pars.
Et... elle me rappelle!!! RDV le surlendemain avec la sur-chef à Cergy. Et je m'en frotte les mains.
Le soir, je prépare scrupuleusement mon entretien en épluchant la
convention collective nationale des organismes de formation. Parce qu'évidemment, je n'ai pas du tout envie de l'avoir, ce poste, vous pensez bien!
Petit mémento sur les conditions de travail du
formateur, selon la convention collective:
1) Avec une maîtrise de FLE + de l'expérience et à + de 25 ans, on est considéré comme cadre, niveau F, cf Article 21.
Extrait: La mise en oeuvre des travaux composant la fonction est laissée à l'initiative du titulaire de l'emploi qui est placé sous la responsabilité d'un supérieur hiérarchique,
chargé notamment du contrôle des résultats. Les cadres débutants dans la profession, qui, pour l'exercice de leurs fonctions, doivent être titulaires d'un diplôme d'ingénieur (loi du 10
juillet 1934, décret du 10 octobre 1937) ou de formation de niveaux I et II de l'éducation nationale peuvent être classés dans ce niveau hiérarchique E jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans.
Après cet âge, ils sont, selon les exigences de leurs fonctions de cadres, classés en niveau F ou au-dessus.
2) Le salaire minimum pour un cadre de niveau F est de 29 321,97 €/ an (= 2443,50€ par mois). Cf article ici. Un cadre a la totale liberté de son planning, c'est à lui d'organiser sa formation, de créer ses programmes. Vu qu'il n'y a aucun programme officiel dans cet
AFEC, on peut vraiment dire que c'est dans cette case qu'aurait dû correspondre le poste proposé.
3) Le salaire de 1600€/mois correspond à celui d'un Technicien qualifié 2e degré. Titulaire d'un BTS, d'un DUT, d'un DEUG. A ce niveau-là, le Face à face pédagogique ne
doit occuper que 70% du temps de travail, les 30% restant étant dédiés à la préparation et à d'autres tâches. Cf article 10 concernant la durée du travail. 35h de cours par semaine doit être un fait exceptionnel.
Extrait: La durée de F.F.P. maximale sera de 35 heures par semaine. Dans le cas où le seuil de 30 heures de F.F.P. serait atteint ou dépassé pendant trois semaines consécutives,
il ne pourra être demandé au formateur au cours des trois semaines suivantes plus de 27 heures 18 minutes de F.F.P.
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Le surlendemain, je
brave les éléments (grève de la RATP + neige), j'arrive à l'entretien avec 30mn de retard... la directrice a 1h30 de retard. Quand elle arrive enfin, c'est Bonjour bonjour, serrage de mains,
sourires... elle vérifie si je n'habite pas trop loin en transports en commun des deux centres dans lesquels je devrais bosser, trouve que je suis entre 45 et 55 mn de chacun d'entre eux.
Oui, ça fait un peu loin.
N'en pouvant plus, je lui
demande si
35h de cours/semaine, c'est une blague? Texto. Etonnée, elle me répond que non. Je lui dis que quand même, la personne que j'ai vue mardi m'a fait peur en me disant qu'on
devait préparer les cours en classe, ce qui était un manque de respect total envers les apprenants... elle me répond que si, que les apprenants, pour leur "autonomie", doivent aussi pouvoir
s'auto-gérer de temps en temps en classe, ce qui laisse le temps aux formateurs de partir faire des copies. Je n'y ai pas pensé sur le coup, mais j'aurais pu lui demander si les profs étaient
censés se balader avec tout leur matos de préparation de cours...
Elle me dit aussi que pendant les périodes d'inactivité, les profs peuvent préparer les formations en avance. Mouais. Mais là, le poste, il est pour dans 2 semaines, non?

Puis je lui demande sur quoi sont basés les salaires? Je lui dis que j'ai cherché la convention collective dont m'a parlé l'autre du mardi, et que c'est
un salaire de BTS qu'ils proposent
alors qu'ils exigent un master de FLE. Elle me demande si c'est "bien judicieux de poser cette question" si je veux le contrat. Je lui réponds que oui, parce que je n'ai "aucune envie
d'avoir un poste pour lequel je me fais exploiter en toute conscience". Elle commence à replier ses documents en disant qu'on n'a plus rien à se dire, alors, et je lui dis que si, j'aimerais
avoir son point de vue sur ce sujet...

Elle est restée courtoise, la gueuse, mais m'a expliqué courtoisement que oui, elle allait continuer à exploiter des gens parce
qu'elle "voyait pas pourquoi elle donnerait des salaires de cadres alors qu'il y en a qui sont prêts à accepter d'être payés moins". Et elle m'a expliqué à quel point ils étaient bien gentils
de garder des gens en CDD de 6 à 12 mois alors qu'il y avait des périodes d'inactivité, au lieu de les renvoyer à la recherche d'un emploi dès qu'ils ont plus besoin d'eux. Je lui ai répondu,
la larme à l'oeil devant tant de bonté humaine, que dis-je? de générosité!, que les CDD étaient faits pour pallier un manque de personnel lors d'une période de suractivité, et qu'elle
ferait mieux de créer des CDIs. Sur ce, on s'est dit aurevoir. Et je suis repartie, la laissant macérer dans son énervement. Mouah ah ah!
5) Epilogue
Heureusement, il y a des établissements - la plupart - qui proposent des postes plus intéressants à des salaires corrects, et dont les recruteurs sont sympa. J'me suis donc trouvée un CDI pour
monter une formation à des réfugiés politiques. J'exulte, je saute de joie, et il me tarde de commencer lundi!!
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