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Le blog d'Aline: des idées cuisine, voyage, lecture...et des idées tout court

A l'origine, quelques extraits de ma vie de prof de français langue étrangère... rentrée en France après 5 ans à l'étranger (Pologne, Mexique, Bangladesh et Laos), 5 ans comme prof de "FLI" dans une asso pour l'accompagnement de réfugiés, je suis maintenant formatrice en remise à niveau dans un Centre de Réadaptation Professionnelle.

Paroles de barde

Labourage nivernais - Rosa Bonheur
Labourage nivernais - Rosa Bonheur

Et soudain, réaliser que je n'irai plus à L.
Que je ne me roulerai plus dans cette herbe moussue qui sent bon le printemps, l'été, l'automne. Que je ne fouillerai plus ces vieilles armoires aux bords bleus tachés d'humidité, pleines de lettres d'aïeux lointains et inconnus malgré le fait qu'ils aient toujours été en photo, là, à nous scruter. Que je n'entendrai plus ces grincements de portes, de parquet, de tiroirs, comme des saluts, des souhaits de bonne nuit. Que je ne tournerai plus ces interrupteurs dangereux en porcelaine, qui donnaient un petit frisson en entrant dans une pièce, un peu comme une roulette russe à chaque fois qu'on allumait la lumière...

Ce parquet, ces vieux volets, les portes cachées, le vieux piano à bougies mal accordé, les partitions qu'on a tous tenté de lire, de jouer, en continuant à les écorner un peu ici, en tirant un peu trop sur cette page... les agrafes rouillées... et le vieux poêle à bois, des objets que j'ai toujours vus, des détails dans toutes ces pièces, des étincelles...

Finir par ne plus être qu'une invitée, au mieux, dans mes racines... ne plus pouvoir accéder librement à mon air, mon sang, mon eau...

Entre colère et tristesse, tristesse, tristesse. Comment dire à Arthur, 4 ans et demi, qui réclamait ce soir avant de se coucher "Je veux aller à la campagne!!", que c'est fini, qu'on n'irait plus à L.? Qu'il ne jetterait plus des tas d'objets dans le jeu de la grenouille avec un bruit assourdissant, qu'il ne courrait plus dans la montée pour aller chercher de la ciboulette au jardin? Qu'on ne prendrait plus de petit-déj sous les tilleuls en entendant roucouler des tourterelles et en se faisant manger les mollets - et plus si affinités - par les aoûtats?

Tout n'est pas fini, je sais. Les girolles, les trompettes de la mort, ça se retrouve dans plein d'endroits. On peut faire des parties de pêche ailleurs, aussi. Garder les images du grand-père, de ses gros sourcils, de ses knickers en velours, perché au bord de l'eau, au-dessus d'un autre ruisseau. Ou du même, mais en habitant ailleurs? Comme un glissement de terrain, lent.

Un glacier qui s'est formé sous cette maison. Froide, gelée l'hiver, fraîche l'été. Une tentative de chaleur fragile, des braises qu'on a du mal à allumer, à maintenir ensemble, vives. Un feu qui se retrouve toujours éteint quand on ne regarde pas. Une fumée qui envahit les pièces, qui suinte par les fenêtres, tentant d'asphyxier jusqu'aux fenêtres alentours... une fumée d'encensoir. Que personne ne cherche à dissiper. Parce que l'objet est joli, brillant, rassurant...

J'ai rêvé plusieurs fois, quand j'étais petite, d'une maison qui se divisait en deux, avec une énorme fissure au milieu. Là, j'ai l'impression qu'on m'a brisé le coeur, les jambes, les racines. Un nombre incalculable de symptômes l'avaient annoncée, mais je n'imaginais pas que la fissure finale pourrait m'être aussi violente.

"Peste soit de vos deux maisons"... merci Shakespeare.

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